lundi 26 octobre 2009

Un classique de bêtise


Il y a bien longtemps que les PSG-OM (ou OM-PSG) sont surtout des sommets d'ennui. De mémoire de téléspectateur, je ne me rappelle pas avoir vibrer pour un de ces matches de puis belle lurette. D'ailleurs, je les regarde à peine, de loin, la télé avec le son coupé, juste histoire de voir un but ou deux. On ne sait jamais, une erreur est si vite arrivée. Quel comble d'ailleurs de programmer cette rencontre au terme d'une semaine de Ligue des Champions. Ca ne fait qu'en souligner la fadeur.

Car avant d'être un sommet médiatique, pathétiquement baptisé clasico par des journalistes en mal d'imagination, un sommet sportif mollasson, ce match catalyse pour moi toute la bêtise des supporters. Une rencontre qui se résume au nombre de policiers présents autour du stade. La plus belle banderole ce soir là, c'est celle des gyrophares de la police nationale. Les hurlements des sirènes couvrant les chants si subtils des supporters - "Paris, Paris, on t'encule". Avec pour exemple la pathétique prestation d'hier soir.

Hier soir, ça n'a pas loupé. Sauf que la bleusaille était en sous-effectif à Marseille et que personne n'a shooté dans un ballon. Pas un képi aux alentours de la gare Saint-Charles. Le match d'abord maintenu samedi a été reporté le dimanche à quelques heures de son coup d'envoi pour cause de grippe A dans les rangs parisiens, alors que les bus des Ultras se ruent vers les Bouches du Rhône. Pas d'anticipation. A se demander de quel côté était la bêtise hier soir. A croire que tout le monde a tout fait pour que les ultras parigots, pas réputés pour leur finesse d'esprit, viennent foutre le boxon dans les rues marseillaises. Ils ont déboulés tranquillement en plein centre de Marseille, majeurs dressés et lames acérées. Juste pour se cartonner. Se taper une bonne tranche de Marseillais.

Un supporter parisien s'est fait dégommer par un chauffard marseillais un peu trop excité, et trouillard de surcroît, car il a fini par prendre la fuite. On finit avec une jambe cassé. A peu de chose près ça faisait un mort. Dommage, il aurait peut-être fallu ça pour qu'on se rende compte de l'inepte aura et de l'avanie qui auréolent cette rencontre.

Les dirigeants se sont écharpés, se renvoyant la balle pour savoir à qui imputait la faute du report de la rencontre. Au PSG, à la grippe A, à la Ligue ? Pendant ce temps-là, c'était Beyrouth sur la Cannebière et pas un mot pour les supporters. Car oui, on ne reporte pas impunément un OM-PSG. Surtout quand il ne s'agit que de football. Match nul. Balle au centre.

lundi 6 juillet 2009

Concert dans un square de pavés




Le cuir collé à la peau sous 35 degrés. Même pas chaud. Il sautait partout le guitariste de Ghinzu. C’est bizarre un festival en ville. La chaleur, sous les pavés des pavés, les faîtages narquois des immeubles de la Grand place nous narguaient, nous encerclaient de toutes parts, peu enclins à nous refourguer un poil d’ombre. Juste de la bière pour se rafraîchir et un chapeau sur la tête. On trouve un coin de trottoir caillouteux pour s’asseoir. On trinque. Pas de répit, pas un coin d’herbe pour se prélasser. Les Converse blanches noircissent.

Le public est mollasson. Pourtant on est dans le Nord, terre accueillante au possible d’après ce qu’on nous a dit. Pas grave, on va rester entre Bretons à lever le coude. Après des Ghinzu un peu pâlichon, une poussée de fièvre bondissante de Gossip, après Gossip, un début de Kaiser Chiefs. Après ça, plus rien, le trou noir. J’ai recouvré mes esprits en ville à côté d’elle vers 1h du matin. On était assis sur un banc. Elle vomissait, je lui tenais les cheveux. Pas une idée de comment on était arrivé là. Un gros coup de bambou, une barre dans le crâne, et une seule envie, retourner au camping. Ce qu’on a fait, cahin-caha, un peu éclopés par la liche.

On a loupé une bonne partie de Kaiser Chiefs, Bloc Party, Placebo et un autre groupe dont je ne me rappelle plus le nom. On a paumé les potes. Le trou noir, le sentiment de s’être échappé à soi-même. Une frustration énorme, un gâchis total.

Le Main Square, c’est une machine de guerre, un festoche géré par la multinationale Live Nation, qui rameute des énormes têtes d’affiche. Du coup, c’est cher (55€), et les frais annexes s’accumulent : camping, transport. Mais c’est rodé, bien organisé. Juste, confiné en ville, en plein cagnar, le lieu à beau s’enticher d’une magnifique architecture, ça ne s’y prête pas. C’est étouffant, l’impression d’être cloîtrés pour quelques heures devant une scène. Peut-être un sentiment de vieux festivalier breton décrépit et accro aux grandes prairies herbeuses de Carhaix ou d’un autre bled. Car même si je me suis fourvoyé tout seul dans un non festival, j’ai eu l’impression d’avoir un peu gaspiller mon pognon.

vendredi 19 juin 2009

T'es sûr que c'est de là que tu viens?


Made in Brooklyn. C'est ce qui était marqué sur son t-shirt. Son poitrail comme une vitrine. Il avait l'air d'une fashionista sorti d'un Closer ou d'un VSD. Masque solaire griffé, jean usé à l'état neuf, petite paire de baskets bien comme il faut, il roulait sa valoche nonchalamment derrière lui, il bombait le torse, histoire que tout le monde puisse y déchiffrer son pedigree. Las, le gars, à Brooklyn, je n'aurais pas donner trop cher de sa peau.

A se pavaner comme ça dans le quartier, il se serait fait détrousser. On l'aurait pris pour un touriste vulgaire et impétueux déambulant entre les blacks, les Ruskofs et les Ritals. Je le voyais bien se prendre la devise de Brooklyn dans la face : "Dans l'unité est la force". Ouais, tous unis pour se le faire. Vivement qu'il rentre à Pellouailles-les-Vignes.

Un peu plus loin, il y avait cet ado avec sur le paletot ce sweat le présentant comme un Produit de banlieue (matière extrêmement dangereuse). Jogging, casquette, le tout mis à la sauce 9-3. "Tu viens Grégoire?" Sa mère l'appelé, la belle bourgeoise catho nantaise en mode Versaillaise. Serre tête, tailleur Chanel et mocassins. Tiens, Grégoire, t'as vraiment l'air d'un produit de banlieue avec ta môman qui veut te donner la main pour traverser le passage clouté. Je me suis marré. On va t'emmener faire un tour dans la téci, il vont te tailler un costard. Pourquoi t'as pas mis ton polo Ralf Lauren et ton pantalon Marlboro Classic ? T'as envie de te faire remarquer ?

Tes parents sont exaspérés Grégoire, tu fumes de la drogue et ils ne savent plus quoi faire de toi. Mais tu travailles bien à l'école, tu passes en 1re S et papa te trouvera une place bien au chaud quand t'auras fini tes études. Alors vas-y, rebelle toi, marche en canard et parle comme un gangster. La prochaine, c'est la période fucking black métal. Tu t'en fout, t'auras toujours une petite place au soleil.

lundi 15 juin 2009

Je prends souvent le train


Quand je prends le train, j'aime aplatir ma joue contre la vitre et regarder les rails défiler. Ces kilomètres de féraille besognés sans ménagement par des trains entiers. Ils s'éloignent, se rapprochent, convergent, divergent, s'aiguillent et se détricotent au fil des itinéraires. Il y aussi le branle du wagon quand on croise un autre train, cette violence froissée qui nous secoue le temps d'une demie seconde. Ca surprend parfois. Ca passe et je replonge dans la contemplation des rails, ballet métallique et linéaire.

Au crépuscule, j'aime quand le train file vers l'ouest. J'ai l'impression de grignoter encore un bout de jour et de pénétrer ainsi plus douillettement dans la nuit. On essaye de la semer, mais la pénombre nous rattrape toujours, doucement mais sûrement, le train traquant la lueur des derniers rayons de soleil. Les nuages sont beaux, ils bouillonnent de couleurs. Il y a dans le ciel une certaine candeur. Mais de fadeur, il n'en est ici jamais question. La lumière s'étiole, se laisse rattraper par l'obscurité. Cycle éternel et cache-cache infini.

Le wagon est alors bercé par une douce torpeur. Il y a ceux qui se blottissent contre eux mêmes, se pelotonnent contre leur siège et se fabriquent un semblant d'oreiller avec la première chose qui leur tombe sous la main pour trouver un brin de sommeil. Ils se laissent bercer par le roulis imperceptible du wagon, avec pour berceuse l'inlassable corps à corps entre roues et rails. Il y a les lecteurs, les écouteurs de musique, les travailleurs, les contempleurs de vide et de paysages. Et ceux qui sont un peu tout ça à la fois.

Correspondance. On descend du train, on en attend un autre. L'attente est plus ou moins longue, dans une gare plus ou moins paumée. On se trouve un coin de banc pour poser son cul ou un coin tout court. Un bout de monde à soi sur un bout de quai. La gare comme terrain de jeu ou comme salle d'attente. On regarde le défilé des voyageurs : militaires, étudiants, businessman, maman et ses quatre enfants. On attend l'instant. Ce moment où l'on verra la locomotive déboulée à l'horizon.

Et puis l'heure c'est l'heure. Le moindre retard, c'est du temps de perdu ou de gagné, rendez-vous loupé ou mauvais plan épargné. Encore une clope pour les fumeurs invétérés. Encore un café pour rester éveillé. Le temps reprend sa ronde obsédée. Chacun fume à sa façon. Blonde ou roulée. De façon compulsive, la tête penchée sur le côté. Nonchalamment, avec la cendre qu'on laisse se consumer, qu'on contemple, à en oublier de tirer sur la clope. On fuit l'ennui et le rien. On chasse le vide comme on envoie valdinguer la fumée. On inspire, on expire, on vit. On ne fait pas rien, donc on n'est pas rien. Le train arrive, on monte dedans, coup de sifflet, il s'ébranle. C'est reparti pour un tour.

Crédit photo : http://pixels.canalblog.com

vendredi 5 juin 2009

De la musique qui monte et qui descend


Je me suis toujours demandé ce qu'était la musique d'ascenseur. Une musique qui monte et qui descend peut-être ? Mais, couplet, refrain, couplet, refrain, pont, refrain, couplet, refrain, c'est déjà les montagnes russes ce truc.

Alors, à chaque fois que je monte dans un ascenseur, je me demande quelle musique correspond le mieux à mon état d'esprit et j'essaye de faire rentrer tous les musiciens avec moi dans le monte personne. J'aimerai bien avoir le groupe avec moi dans l'ascenseur. Petit concert VIP le temps de monter les deux étages qui séparent le garage à vélo de mon bureau. Mais franchement, déjà que les White Stripes auraient du mal à y passer avec leurs instru, alors imagine un peu le philharmonique de Berlin...

L'autre jour, j'ai lu cette phrase d'Alexandro Baricco : "Quand tu ne sais pas ce que c'est, alors c'est du jazz." Arrgh. la musique d'acsenseur serait-elle du jazz, ou le contraire. Non, pas possible. Déjà, on disait que Richard Clayderman faisait de la musique de supermarchés. Genre prélude pour haricots verts et sonate de thons en boîte. Insipide. De la mélasse. De la soupe à la grimace qu'on nous ferait avaler par les oreilles. Le jazz, ce n'est pas ça, c'est autre chose. Incompréhesible parfois, déroutant de temps en temps, sublime, souvent.

En fait, après m'étre retourné les méninges dans tous les sens, je me suis rendu compte que quand je prenais l'ascenseur, il n'y avait jamais de musique dedans. Et que vu le temps qu'on passe dans un ascenseur, ce n'est pas vraiment nécessaire d'y diffuser de la musique.
Comme si on devait absolument meubler ce vide parfois si agréable. Nous couper de ces pettis moments de rien.
Mais le pire dans tout ça, c'est qu'on ne parle jamais de la musique d'escalier.

mardi 2 juin 2009

Sur sa mob




Sur mon vélo, je me suis hissé à côté d'elle à hauteur du feu rouge. Son pot d'échappement pétaradait. Mon regard s'est d'abord posé sur ses bottes. En cuir marron, version cowboy (enfin, cowgirl pour le coup). Puis mon regard a remonté le long de son collant noir opaque, j'ai passé sa jupe, escaladé son trench rouge pour dénicher son regard.

Sous le casque intégral, ses yeux pétillaient. Autant que sa mob pétaradait quand elle donnait un petit coup de gaz.

Autant la mob n'avait pas d'allure, autant sa destrière avait la classe. C'était un tout. Un duo inopportun, une douce et délicate alchimie, décalée à souhait. La mob était rouillée. On devinait qu'elle avait été bleue, que la peinture s'était écaillée et qu'on avait apposé plusieurs couches dérisoires de peinture pour tenter vainement de lui redonner l'éclat de sa jeunesse. Ses chromes n'avaient plus rien de rutilant. On lisait à peine la marque Mobylette sur le carter du réservoir. Un engin qui ne valait pas tripette.

Mais elle, pétulante pétroleuse, le cul posé sur la selle, le pied gauche posé sur la pédale dodelinait aux sons des "kof, kof" du vieux moteur deux temps. C'était puant de sensualité. Il ne manquait rien.

Le côté mastoc du casque intégral participait du halo qui l'enveloppait. Dévoilant juste les yeux de cette double silhouette incongrue, chimère humano-mécanique et rock'n'roll. "Roll, roll, roller girl. You're my roller girl." Les paroles de Gainsbourg ont agité mes lèvres. Le soleil reluisait sur son collant. Elle était nerveuse, ça se voyait à la manière qu'elle avait d'envoyer pleins de petits coups d'accélérateur.

Elle m'a jeté un regard insignifiant, sa main a tourné la poignée en butée. Au feu vert, j'ai pédalé assez vite pour essayer de rester à sa hauteur. En vain. Elle restera juste la fille à la mobylette. Un petit instant magique et insignifiant de la vie.
Crédit photo : Moi

mardi 26 mai 2009

Le rhumatologue ne soigne pas les rhumes en fait




Je me suis flingué l'épaule gauche un soir de biture monumentale. Je me suis royalement pété la gueule en faisant le mariolle sur un passage piéton détrempé. Une belle chute de barrique comme on dit. Depuis, régulièrement, mon épaule se déboîte de temps en temps. Pas grave, je la remet en place aussi sec, un osthéo m'a montré comment faire. Au bout d'un an, je me suis quand même dit quil y avait un problème et que ça n'allait pas passer en mangeant des carottes rapées. J'ai pris rendez-vous chez le docteur, qui après une auscultation un peu brutale m'a expédié chez un de ses confrères rhumatologue.

Dans mon esprit, le rhumatologue, c'est quand même le toubib qui soigne les rhumatismes, donc les vieux, ou tout ce qui s'y apparente. Dans la salle d'attente je me suis effectivement retrouvé entre deux viocs ratatinés qui ne pouvaient pas tenir debout sans béquille. Il m'a retourné le machin dans tous les sens. Comme je suis dur au mal, je laissais juste un petit fil de douleur passer entre mes lèvres. Lui, il faisait comme ça : "Mmmmhhh, je vois. Mmmmmhhh, c'est évident que c'est ça." Et c'était évident qu'il n'allait pas me dire ce que c'était. Passage par la case radio. D'ailleurs, je n'ai jamais compris pourquoi on nous demandait d'arrêter de respirer quand on faisait des radios.

Le rhumatologue se saisit des clichés. Les passe sous la lumière, les contorsionne, les dissèque comme s'ils s'agissaient d'oeuvres d'art. Sans me dire quoi que ce soit, il se saisit de son dictaphone et entame avec lui une fastidieuse discussion en charabia, langue que seule savant parler les médecins et apparentés. Ses machoires se sont mises à mastiquer des mots imprononçables. Son visage se tordait dans tous les sens tandis que mes douleurs achromio-claviculaires s'esquissait sur ses lèvres. Le sketch. Il rembobinait sans cesse, reprenait trois fois chaque phrase, tout en prenant le soin d'épeler des mots aussi simple que "pôle", me faisant penser qu'il prenait sa secrétaire pour une demeurée. 

Sèchement, il s'est tourné vers moi. "Tout ça pour dire quoi ? C'est très simple. Vous voyez cette encoche là ?..." Et vas y que je te baratine, tout ça pour me dire qu'on allait faire des examens plus approfondis, avec un autre confrère, encore. Tout ça pour me dire au fond qu'il allait sans doute falloir que je me fasse opérer. Pourquoi les toubibs nous envoie toujours des discours scientifiques à la tronche alors qu'il pourrait dire les choses simplement dès le début. Mon épaule et foutue, mon épaule est foutue. Ainsi soit-il.